De l'eau dans le gaz
Steve Proulx

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Huit milliards de dollars par année, hors de la
province... Pourtant, on a ici d'autres ressources intéressantes:
de l'électricité. Il faut se diriger, par exemple, vers l'électrification
des transports en commun. |
Ça gueule très fort en Amérique
contre la hausse des prix du pétrole. Pourtant, deux camps s'en réjouissent:
les pétrolières et les écolos.
C'est devenu le sujet de conversation par excellence. Les proprios de
grosses cylindrées fulminent. Les chauffeurs de taxi geignent. Les élus
à la Chambre des communes houspillent et le prof Lauzon rouspète. Tout
le monde crie au scandale pour que cesse la spéculation créative et pour
que le prix de l'essence redevienne abordable.
Tous? Non! Car plusieurs accueillent
cette crise avec un brin d'optimisme. Bien sûr, ils s'accordent pour dire
qu'un pétrole qui fait de la haute voltige aura de tristes conséquences,
notamment sur les personnes à faibles revenus, mais ils persistent et
signent: augmenter le prix du pétrole, c'est ouvrir la porte à un monde
meilleur...
POUR LE BIODIESEL
Au Conseil québécois du biodiesel (CQB),
on ne célèbre peut-être pas l'augmentation du prix du pétrole à coup
de petits gâteaux Tim Horton, mais c'est tout presque. "Un tel
contexte positionne avantageusement le biodiesel comme solution
alternative", souligne le directeur général du CQB, Camil Lagacé.
Le biodiesel est un carburant moins polluant créé à partir d'huile végétale,
de graisses animales ou d'huile de friture. Mélangé à du diesel
ordinaire à des concentrations pouvant aller de 5 % à 20 %, il peut sans
problème être utilisé dans n'importe quel véhicule roulant au diesel.
Or, pour que son usage se généralise, son prix doit être concurrentiel.
"À 60 $ US le baril de pétrole, soutient M. Lagacé, le biodiesel
commence à devenir une solution intéressante."
Au moment d'écrire ces lignes, le baril
de pétrole oscillait autour de 64 $ US... Ce n'est donc pas un hasard si
les sociétés de transport en commun du Québec ont, pour la toute première
fois, inclus le biodiesel dans leur plus récent appel d'offres de
fourniture de diesel. Le CQB espère que ce "carburant vert"
saura faire bonne impression. Tous les astres semblent alignés:
l'agrandissement de l'usine de biodiesel Rothsay, à Ville
Sainte-Catherine, permettra un approvisionnement stable (35 millions de
litres annuellement) et le ministre des Finances du Québec a accordé en
avril dernier une détaxe complète aux sociétés de transport en commun
utilisant le biodiesel. Que peut-on espérer de plus? Un pétrole plus
cher, évidemment! Selon le CQB, si les quelque 2850 autobus opérés par
les sociétés de transport en commun du Québec roulaient au biodiesel,
cela représenterait, chaque année, une diminution de 42 000 tonnes des
rejets de CO2 dans l'atmosphère...
SORTIR DE LA "CULTURE
AUTOMOBILE"
Pour
Owen Rose, l'un des fondateurs du comité de citoyens Mont-Royal
Avenue verte, la flambée du prix du pétrole pourrait aider Montréal à
s'affranchir de sa "culture automobile". "La Ville soutient
qu'elle veut encourager le transport collectif, lance-t-il, mais elle ne
veut rien faire pour empêcher la circulation des automobiles. On constate
donc depuis quelques années une augmentation de la circulation routière
à Montréal. Or, on ne peut pas uniquement encourager le transport en
commun, il faut aussi des mesures concrètes visant la réduction des
voitures." Au sein de Mont-Royal Avenue verte, cet architecte
stagiaire milite depuis 2002 pour que la Ville de Montréal tienne des
audiences publiques sur la transformation de l'avenue du Mont-Royal en artère
piétonnière. Mais l'idée fait du surplace, et ce, malgré une pétition
de 18 000 signataires déposée devant le conseil d'arrondissement du
Plateau-Mont-Royal il y a déjà trois ans. M. Rose rêve d'un Montréal
à l'image de Copenhague, qui a décidé de sortir progressivement
l'automobile de son centre-ville depuis une quarantaine d'années.
"Les raisons qui ont justifié ces initiatives sont, entre autres, économiques,
explique Owen Rose. Le Danemark ne produit pas de pétrole et ne fabrique
pas d'automobiles. Exactement comme nous."
UN CUL-DE-SAC ÉCONOMIQUE
Ce discours rejoint le porte-parole de
la Coalition Québec-vert-Kyoto, Patrick Bonin, qui croit que
l'actuel boom du prix du pétrole sera l'occasion pour la société québécoise
de "soulever les vraies questions quant à son avenir énergétique".
Québec-vert-Kyoto est ce regroupement surtout connu pour avoir chapeauté
les mobilisations monstres ayant mené à l'abandon du projet de centrale
thermique du Suroît. Or, si une centrale électrique au gaz naturel n'est
pas une solution économiquement intelligente pour le Québec, pays de
l'hydroélectricité, le pétrole ne l'est pas davantage. "On ne
produit aucun baril de pétrole ici, dit Patrick Bonin. Ce qui signifie
qu'on envoie à l'extérieur de la province quelque 8 milliards de dollars
par année, simplement pour s'approvisionner en pétrole. Pourtant, on a
ici d'autres ressources intéressantes: de l'électricité à profusion et
Bombardier, qui fabrique des trains. Il faut se diriger, par exemple, vers
l'électrification des transports en commun. Et en ce sens, le
gouvernement a un rôle de visionnaire à jouer. Qu'arrivera-t-il dans 15
ans, lorsque le pétrole sera encore plus cher et plus rare?"
"UN CADEAU MAL EMBALLÉ"
L'auteur de L'ABC de la simplicité
volontaire (Écosociété), Dominique Boisvert, est plus
philosophe. Il considère l'augmentation du prix du pétrole comme un
"cadeau mal emballé". "Ma mère avait l'habitude de dire
que les épreuves de la vie étaient des cadeaux mal emballés, dit-il.
Quand on traverse une épreuve, il faut en voir le bon côté et je pense
que la hausse du prix du pétrole pourrait, à long terme, s'avérer une
bonne chose." Cet adepte de la simplicité volontaire croit en outre
qu'une augmentation subite et substantielle du prix du pétrole sera nécessaire
pour que de véritables changements de comportements se mettent en branle.
Il aimerait même voir l'essence bondir jusqu'à 4 $ le litre! "Tant
et aussi longtemps que l'augmentation se fera graduellement, on ne s'en
rendra pas compte, avance-t-il. Si ça arrive brusquement, il y a beaucoup
plus de chances que ça provoque un véritable réveil."
À quand l'essence à 4 $? Demain? Dans deux ans? Au
prochain ouragan?
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