Comité de citoyens
Mont-Royal Avenue Verte
Mise à jour: 21-02-2007

 

 

 

Alternatives de transport: fin du culte de l’automobile?
Caroline Bourgeois


Utopie d’une île verte

Des groupes écologistes rêvent de transformer Montréal en une ville où piétons et cyclistes deviendraient rois et où l’automobile serait reléguée au rang des exclus. Ce souhait pourrait se concrétiser plus tôt que prévu.

Le docteur en aménagement Richard Bergeron se lance dans l’arène politique municipale pour devenir maire et privilégier ainsi d’autres moyens de transport que l’automobile dans les rues de Montréal. Auteur du Livre noir de l’automobile, il ne craint pas le virage vers un développement durable.
Son parti politique, Projet Montréal, serait intransigeant avec les automobilistes: adoption d’une politique restrictive de stationnement fondée sur la diminution de l’offre, l’augmentation des prix et l’installation de péages à l’entrée de la ville. «Il faut oser prendre les moyens. Depuis 15 ans, je vois les mêmes représentants dans les colloques applaudir ces projets et pourtant rien n’a changé», explique Richard Bergeron. Il juge qu’il en coûte plus de 15 000 $ au maire Gérald Tremblay pour se faire rédiger un discours où il parle du développement durable parce que «ça sonne bien». L’action n’y est pas. Selon le chef de Projet Montréal, la population est pourtant prête pour un vrai virage.

Mont-Royal sans voiture

Des organisations militent pour modifier les habitudes de transport des Montréalais. Le groupe Mont-Royal avenue verte propose la transformation de cette rue en une artère piétonne. Il veut y inclure une piste cyclable et un système de transport en commun plus efficace. Le projet se réaliserait sur une distance de trois kilomètres, soit de la rue Frontenac à l’avenue du Parc. L’avenue Mont-Royal possèderait deux qualités qui faciliteraient la réussite de la rue «sans voiture». Selon le groupe, elle attire plusieurs citoyens qui s’y rendent déjà à pied, en vélo ou en transport en commun. Cette artère demeure aussi très accessible par ces mêmes moyens de transport.
Propriétaire du Café Eldorado, Michel Gaudreault croit plutôt que ce projet entraînerait carrément la fermeture de tout le quartier. Situé au cœur de l’avenue Mont-Royal, le restaurant attire une clientèle qui habite hors du quartier dans une proportion de 50 %. Bon nombre de ses adeptes proviennent de la Rive-Sud ou de l’ouest de l’île et s’y rendent majoritairement en voiture. L’avenue Mont-Royal a été fermée dernièrement aux automobilistes pour faciliter l’accès aux vélos. Le propriétaire du Café Eldorado a vu du même coup ses recettes de la journée diminuer de moitié. Il croit cependant que le projet proposé par Mont-Royal Avenue verte pourrait être en vigueur de juin à août. Les clients profiteraient des terrasses et des commerces qui utilisent la voie publique pour étaler leur marchandise. «C’est un pensez-y bien, car l’hiver, l’avenue deviendrait vite dénuée d’intérêt», affirme Michel Gaudreault.

L’exemple londonien

D’autres villes ont déjà amorcé avec succès un virage «vert» pour diminuer la congestion automobile. Londres est un exemple frappant. Le maire de la capitale anglaise a instauré depuis 2003 un système de péage. Il impose aux automobilistes une taxe quotidienne de 12 $ pour toute circulation au centre-ville entre 7 h et 18h30 les jours de semaine. Les embouteillages ont diminué de 30 %, 50 000 autos de moins ont pénétré dans le périmètre ciblé et 29 000 personnes de plus ont utilisé l’autobus.
Cette idée est loin de plaire au directeur général de la société de développement commercial Destination centre-ville, André Poulin. Il prétend que ces mesures coercitives ne peuvent obtenir d’effets positifs puisqu’elles pénalisent directement les commerçants. Bien qu’il ne dispose pas de statistiques à ce sujet, le directeur général affirme que la journée En ville, sans ma voiture, en septembre 2003, a engendré de lourdes pertes économiques. «Si l’économie du centre-ville est touchée, l’ensemble du territoire montréalais est perdant, note André Poulin. La plus grande partie des taxes recueillies par Montréal provient du centre-ville.» Il favorise plutôt une amélioration de l’aménagement paysager, notamment la plantation d’arbres. «Peut-être qu’en rendant le centre-ville plus agréable pour les yeux, les gens privilégieront la marche», avance le directeur général de cette société de développement commercial.

Place aux vélos

Quelques signes sont encourageants pour les défenseurs d’une ville verte. Porte-parole de Vélo Québec, Patrick Howe souligne qu’après 15 ans d’inertie de la part de l’administration municipale, une lueur d’espoir jaillit pour les cyclistes. Le maire Gérald Tremblay désire investir 10 millions $ pour compléter des tronçons de pistes cyclables qui sillonnent les anciennes villes de l’ouest de l’île. La mairie s’engage aussi à améliorer la signalisation de la seule piste qui traverse l’axe nord-sud de la ville. «Nous avons toutefois un travail de sensibilisation à faire auprès des commerçants», admet Patrick Howe. Il ne croit pas que vouer ses énergies à la sécurité des cyclistes et leur permettre de circuler au centre-ville nuise aux marchands. Aucune voie cyclable ne traverse d’ailleurs ce point chaud de Montréal. Lors de la journée En ville sans ma voiture, 1,9 million de pieds carrés de ce secteur ont été fermés à la circulation automobile, une surface égale aux dimensions du Carrefour Laval, centre commercial a le plus important Québec. Si les consommateurs de ce mail semblent heureux de traverser à pied cette distance considérable, il le seraient d’autant plus à circuler dans un périmètre semblable au centre-ville.
De 1997 à 2002, le parc automobile du Québec a augmenté de 11 %, selon Richard Bergeron. Cette progression représente une hausse de 37 voitures pour 1000 habitants sur une période de cinq ans. De plus, les déboires économiques de la Société de Transport de Montréal (STM) n’incitent guère les automobilistes à délaisser leur confort pour privilégier le transport en commun. Le chef de Projet Montréal prévoit que la STM enregistrera encore cette année un trou financier qui mènera probablement à une hausse des tarifs pour les usagers. Il ajoute que l’industrie automobile offre toujours plus de services à ses clients. Seul un changement de mentalité pourrait donc éviter que plusieurs familles désertent la ville de Montréal au profit des banlieues, affirme le candidat à la mairie.
La volonté de plusieurs citoyens de faire de la métropole une cité où la qualité de vie des habitants primerait sur celle des automobilistes est palpable. Richard Bergeron s’efforce de réduire la dépendance qui lie l’individu à l’automobile. Le groupe écologique Équiterre rappelle de son côté que les transports représentent 37 % du total des émissions de gaz à effet de serre au Québec. Cette situation entraîne la mort de 1900 personnes par année qui succombent à des maladies respiratoires dues à la mauvaise qualité de l’air dans la seule région de Montréal.

 

 

 

RETOUR