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Alternatives de transport: fin
du culte de l’automobile?
Caroline Bourgeois
Utopie d’une île verte
Des groupes écologistes rêvent de transformer
Montréal en une ville où piétons et cyclistes deviendraient rois et où
l’automobile serait reléguée au rang des exclus. Ce souhait pourrait se
concrétiser plus tôt que prévu.
Le docteur en aménagement Richard Bergeron se lance dans l’arène politique
municipale pour devenir maire et privilégier ainsi d’autres moyens de
transport que l’automobile dans les rues de Montréal. Auteur du Livre noir
de l’automobile, il ne craint pas le virage vers un développement durable.
Son parti politique, Projet Montréal, serait intransigeant avec les
automobilistes: adoption d’une politique restrictive de stationnement fondée
sur la diminution de l’offre, l’augmentation des prix et l’installation de
péages à l’entrée de la ville. «Il faut oser prendre les moyens. Depuis 15
ans, je vois les mêmes représentants dans les colloques applaudir ces
projets et pourtant rien n’a changé», explique Richard Bergeron. Il juge
qu’il en coûte plus de 15 000 $ au maire Gérald Tremblay pour se faire
rédiger un discours où il parle du développement durable parce que «ça sonne
bien». L’action n’y est pas. Selon le chef de Projet Montréal, la population
est pourtant prête pour un vrai virage.
Mont-Royal sans voiture
Des organisations militent pour modifier les
habitudes de transport des Montréalais. Le groupe Mont-Royal avenue verte
propose la transformation de cette rue en une artère piétonne. Il veut y
inclure une piste cyclable et un système de transport en commun plus
efficace. Le projet se réaliserait sur une distance de trois kilomètres,
soit de la rue Frontenac à l’avenue du Parc. L’avenue Mont-Royal possèderait
deux qualités qui faciliteraient la réussite de la rue «sans voiture». Selon
le groupe, elle attire plusieurs citoyens qui s’y rendent déjà à pied, en
vélo ou en transport en commun. Cette artère demeure aussi très accessible
par ces mêmes moyens de transport.
Propriétaire du Café Eldorado, Michel Gaudreault croit plutôt que ce projet
entraînerait carrément la fermeture de tout le quartier. Situé au cœur de
l’avenue Mont-Royal, le restaurant attire une clientèle qui habite hors du
quartier dans une proportion de 50 %. Bon nombre de ses adeptes proviennent
de la Rive-Sud ou de l’ouest de l’île et s’y rendent majoritairement en
voiture. L’avenue Mont-Royal a été fermée dernièrement aux automobilistes
pour faciliter l’accès aux vélos. Le propriétaire du Café Eldorado a vu du
même coup ses recettes de la journée diminuer de moitié. Il croit cependant
que le projet proposé par Mont-Royal Avenue verte pourrait être en vigueur
de juin à août. Les clients profiteraient des terrasses et des commerces qui
utilisent la voie publique pour étaler leur marchandise. «C’est un pensez-y
bien, car l’hiver, l’avenue deviendrait vite dénuée d’intérêt», affirme
Michel Gaudreault.
L’exemple londonien
D’autres villes ont déjà amorcé avec succès un virage «vert» pour diminuer
la congestion automobile. Londres est un exemple frappant. Le maire de la
capitale anglaise a instauré depuis 2003 un système de péage. Il impose aux
automobilistes une taxe quotidienne de 12 $ pour toute circulation au
centre-ville entre 7 h et 18h30 les jours de semaine. Les embouteillages ont
diminué de 30 %, 50 000 autos de moins ont pénétré dans le périmètre ciblé
et 29 000 personnes de plus ont utilisé l’autobus.
Cette idée est loin de plaire au directeur général de la société de
développement commercial Destination centre-ville, André Poulin. Il prétend
que ces mesures coercitives ne peuvent obtenir d’effets positifs
puisqu’elles pénalisent directement les commerçants. Bien qu’il ne dispose
pas de statistiques à ce sujet, le directeur général affirme que la journée
En ville, sans ma voiture, en septembre 2003, a engendré de lourdes pertes
économiques. «Si l’économie du centre-ville est touchée, l’ensemble du
territoire montréalais est perdant, note André Poulin. La plus grande partie
des taxes recueillies par Montréal provient du centre-ville.» Il favorise
plutôt une amélioration de l’aménagement paysager, notamment la plantation
d’arbres. «Peut-être qu’en rendant le centre-ville plus agréable pour les
yeux, les gens privilégieront la marche», avance le directeur général de
cette société de développement commercial.
Place aux vélos
Quelques signes sont encourageants pour les défenseurs d’une ville verte.
Porte-parole de Vélo Québec, Patrick Howe souligne qu’après 15 ans d’inertie
de la part de l’administration municipale, une lueur d’espoir jaillit pour
les cyclistes. Le maire Gérald Tremblay désire investir 10 millions $ pour
compléter des tronçons de pistes cyclables qui sillonnent les anciennes
villes de l’ouest de l’île. La mairie s’engage aussi à améliorer la
signalisation de la seule piste qui traverse l’axe nord-sud de la ville. «Nous
avons toutefois un travail de sensibilisation à faire auprès des commerçants»,
admet Patrick Howe. Il ne croit pas que vouer ses énergies à la sécurité des
cyclistes et leur permettre de circuler au centre-ville nuise aux marchands.
Aucune voie cyclable ne traverse d’ailleurs ce point chaud de Montréal. Lors
de la journée En ville sans ma voiture, 1,9 million de pieds carrés de ce
secteur ont été fermés à la circulation automobile, une surface égale aux
dimensions du Carrefour Laval, centre commercial a le plus important Québec.
Si les consommateurs de ce mail semblent heureux de traverser à pied cette
distance considérable, il le seraient d’autant plus à circuler dans un
périmètre semblable au centre-ville.
De 1997 à 2002, le parc automobile du Québec a augmenté de 11 %, selon
Richard Bergeron. Cette progression représente une hausse de 37 voitures
pour 1000 habitants sur une période de cinq ans. De plus, les déboires
économiques de la Société de Transport de Montréal (STM) n’incitent guère
les automobilistes à délaisser leur confort pour privilégier le transport en
commun. Le chef de Projet Montréal prévoit que la STM enregistrera encore
cette année un trou financier qui mènera probablement à une hausse des
tarifs pour les usagers. Il ajoute que l’industrie automobile offre toujours
plus de services à ses clients. Seul un changement de mentalité pourrait
donc éviter que plusieurs familles désertent la ville de Montréal au profit
des banlieues, affirme le candidat à la mairie.
La volonté de plusieurs citoyens de faire de la métropole une cité où la
qualité de vie des habitants primerait sur celle des automobilistes est
palpable. Richard Bergeron s’efforce de réduire la dépendance qui lie
l’individu à l’automobile. Le groupe écologique Équiterre rappelle de son
côté que les transports représentent 37 % du total des émissions de gaz à
effet de serre au Québec. Cette situation entraîne la mort de 1900 personnes
par année qui succombent à des maladies respiratoires dues à la mauvaise
qualité de l’air dans la seule région de Montréal. |