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Comité de citoyens
Mont-Royal Avenue Verte
Mise à jour:
21-02-2007 |
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La Presse - Le vendredi 28 octobre 2005
Lettre ouverte aux candidats à l'élection municipale sur l'île de Montréal
Pour des quartiers en santé, cibler le transport et le logement
Docteur Richard Lessard, responsable de santé publique sur l'île de Montréal
Les citoyens et citoyennes de l'île de Montréal iront aux urnes dans quelques
jours. Ils et elles auront à choisir un programme électoral qui, traduit en
politiques et plans d'actions par les élus, touchera ensuite leur qualité et
leur condition de vie ainsi que leur santé.
Étant donné l'importance de ces questions tout particulièrement sur le
territoire de la ville de Montréal, j'estime devoir porter à l'attention de la
population et des élus, actuels et futurs, certains enjeux de santé qui
m'apparaissent incontournables même si ils n'ont pas fait l'objet d'une
attention suffisante dans la présente campagne électorale.
Plusieurs questions de santé publique recoupent des compétences municipales.
Mentionnons par exemple la santé dentaire (fluoruration des eaux de
consommation), les maladies cardio-respiratoires (transport et circulation
automobile, contrôle de l'herbe à poux), l'activité physique (disponibilité
de parcs et d'infrastructures sportives), la saine alimentation (disponibilité
de marchés publics, contrôle de l'implantation des commerces de « malbouffe»
à proximité des écoles), la réduction des inégalités sociales (logement,
politique familiale, revitalisation urbaine). Pour faire de Montréal et des
municipalités défusionnées des villes en santé, il faut agir sur l'ensemble
de ces éléments et faire en sorte que chacun des quartiers de nos villes
devienne un milieu convivial, caractérisé par des services de proximité, des
logements de qualité et un accès facile aux transports collectifs, améliorant
ainsi la santé de la population.
Pour atteindre un objectif de « santé urbaine », deux de ces éléments sont
d'une importance majeure à ce stade-ci du développement de la plus grande
agglomération du Québec. Le transport et le logement sont, à mon avis,
des enjeux qui touchent presque toute la population et sur lesquelles
l'administration municipale a une influence déterminante.
Miser sur le transport en commun et le transport actif
La Direction de santé publique de Montréal a largement documenté les
effets négatifs du transport sur la santé des Montréalais et Montréalaises.
La circulation automobile, en croissance depuis les dernières décennies du XXe
siècle, est une source importante de polluants atmosphériques et de gaz à
effet de serre, et une cause majeure de traumatismes. Dans la région métropolitaine
par exemple, jusqu'à 85% de certains polluants de l'air proviennent du secteur
du transport. Or, les études scientifiques démontrent que la pollution de
l'air est une cause d'hospitalisation et de décès prématuré par maladies
respiratoire et cardiovasculaire chez les personnes âgées souffrant de ces
maladies. Santé Canada estime que la pollution cause 1 500 décès prématurés
par an à Montréal. Plusieurs études ont également montré des liens entre la
pollution et le développement de l'asthme chez les enfants.
Le transport est aussi responsable de 47% des émissions des gaz à effet de
serre (GES) dans la région de Montréal. Les changements climatiques, qui résultent
de l'augmentation des GES, causent également des décès prématurés en période
de canicule chez les personnes âgées souffrant de maladies chroniques. Les 15
000 décès en France, liés à la canicule extrême qui a sévi à l'été
2003, illustrent de façon tragique ce phénomène.
Par ailleurs, au cours du XXe siècle, les accidents de la route sont devenus
l'une des principales causes de décès et de morbidité dans le monde.
Contrairement aux décès par maladie cardiovasculaire ou par cancer, qui
surviennent en majorité à un âge avancé, les collisions routières fauchent
les vies à un plus jeune âge. Au Québec, les accidents de la route causent 21
% des décès chez les 5-34 ans, une proportion qui grimpe à 29 % chez les
15-24 ans. De plus, à Montréal, on dénombre 220 fois plus de blessés de la
route que de décès et c'est une situation qui est en hausse (augmentation de
20% entre 1998 et 2003). Enfin, sur l'île de Montréal, on observe une
concentration des collisions avec blessés dans les quartiers centraux: ainsi,
le taux de blessures résultant d'une collision est quatre fois plus élevé
pour les enfants vivant dans les quartiers défavorisés.
Mentionnons enfin que l'étalement urbain est associé à une utilisation accrue
de l'automobile et à une baisse de l'activité physique. Selon une étude américaine
publiée en 2004, chaque heure passée dans une automobile augmente la
probabilité d'obésité de 6%. Or, les bénéfices du transport actif (marche,
vélo) sont documentés dans de nombreux pays : taux de mortalité inférieurs,
taux de cholestérol plus faibles, etc.
Il est donc évident que Montréal doit prendre le leadership dans l'ìle et la
région le virage du transport en commun et du transport actif.
L'objectif du Plan de transport de Montréal est clair à ce sujet : « Š réduire
la dépendance à l'automobile en misant sur un usage accru du transport en
commun et des transports actifs ». Ce virage implique d'accorder la priorité
à la marche, au transport en commun et au vélo. Certaines stratégies complémentaires
peuvent être mises en ¦uvre à cet effet :
- favoriser le transport en commun et le transport actif par des mesures d'aménagement
urbain telles la densification des secteurs, la mixité des quartiers, l'intégration
des espaces verts, la réduction du stationnement dans les quartiers centraux,
etc;
- développer un réseau de transport sécuritaire et convivial pour tous (par
exemple, diminution du volume et de la vitesse de la circulation dans les
quartiers centraux, meilleures infrastructures pour piétons et cyclistes);
- assurer un financement adéquat en vue du maintien et du développement des
infrastructures de transport collectif.
Afin de traduire ces stratégies en réalité, nous croyons que Montréal doit
avant tout se donner un objectif précis et mesurable. Je réitère donc la
suggestion que nous avons faite lors des consultations sur le Plan de transport,
à savoir augmenter à 50% la part modale du transport en commun et du
transport actif à dans la région métropolitaine d'ici 15 ans. Actuellement,
cette part se situe à 30%. Même à 50%, nous serons encore loin des grandes
villes européennes qui en sont présentement à 70%. Mais ce serait un
excellent début qui ferait de Montréal la ville le plus verte en Amérique du
Nord.
Une approche intégrée du logement
Le logement constitue, avec le revenu et l'alimentation, l'un des facteurs
qui a le plus d'impact sur les conditions de vie et les inégalités sociales.
Or, l'accessibilité au logement demeure particulièrement problématique dans
la ville de Montréal. Selon le recensement de 2001, on dénombre à Montréal
plus de 300 000 ménages locataires disposant d'un revenu faible ou très faible.
Or, selon le Rapport sur la pauvreté à Montréal produit par la Conférence régionale
des élus (septembre 2004), le loyer médian a augmenté de 3,6% entre les années
80 et 2000, tandis que le revenu médian des locataires a diminué de 17,5%, si
l'on tient compte de la hausse du coût de la vie.
Le logement social et le logement abordable sont des avenues à privilégier
afin d'assurer à tous les citoyens et citoyennes des conditions de logement adéquates.
Nous appuyons l'objectif de la Stratégie d'inclusion de logements abordables de
la Ville de Montréal à l'effet que « 30 % des nouvelles habitations
construites soient abordables ». Par ailleurs, plusieurs problèmes de santé
sont associés aux conditions de logement insalubres tels le développement et
l'exacerbation de l'asthme chez les jeunes enfants (en augmentation depuis la
fin des années 1970), en lien avec une exposition à l'humidité excessive, aux
moisissures et aux allergènes provenant de blattes. Selon une étude effectuée
dans l'ancien territoire de la ville de Montréal, 15% de ses logements seraient
mal entretenus ou dans un piteux état.
Pour intervenir efficacement sur l'ensemble des questions reliées au logement,
nous croyons que la Ville de Montréal devrait développer une politique
globale et intégrée du logement qui engloberait tous les aspects au lieu
de les traiter séparément par divers plans d'action, stratégies ou règlements.
Une telle politique devrait inclure le logement social, le logement abordable,
toute la règlementation concernant la qualité, la salubrité et la sécurité
des habitations ainsi que l'environnement de celles-ci (ex. les services de
proximité). En terme de perspectives, il faudrait également planifier le développement
de formules adaptées en fonction du vieillissement de la population qui attend
Montréal au cours des prochaines décennies.
Voilà donc, parmi d'autres, deux enjeux importants que la prochaine
administration municipale de Montréal et celles des villes défusionnées
devraient prioriser si elles veulent vraiment agir dans une perspective de développement
durable, de qualité de vie et de santé pour les Montréalais et les Montréalaises
de l'île. Les nouveaux élus pourront compter sur notre entière collaboration
dans la mise en ¦uvre de telles mesures pour faire de l'île de Montréal un
territoire où la santé urbaine est à son meilleur.
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