Loin des manifestations
chaotiques des années 60/70, aujourd’hui le militantisme local répond à la
complexité de nos milieux urbains avec une sophistication de plus en plus
accrue.
Dans notre contexte actuel,
il faut faire plus que lancer des revendications. Il faut plutôt
sensibiliser la population et les instances de pouvoir, soit politique ou
économique.
À Montréal, au printemps
2002, dans le Plateau Mont-Royal, un quartier en pleine mutation, un nouveau
mouvement populaire de citoyens a vu le jour. Ce groupe s’est inspiré de
l’idée de mettre la personne avant la voiture en réponse à l’omniprésence
des voitures polluantes en ville.
Mais l’enlèvement des
voitures ne faisait qu’une partie du plan de ce qui est devenu le Comité de
citoyens Mont- Royal Avenue Verte. D’abord, cette « gang de radicaux» avait
l’audace de remettre en question la notion, laquelle nous est proposée sans
arrêt par les manufacturiers d’automobiles, que notre liberté de circuler en
voiture serait un droit malgré les coûts écologiques et sociaux.
En juin 2002, le comité,
mieux connu comme Avenue verte, lance sa pétition pour une avenue du
Mont-Royal sans voiture demandant « de transformer l’avenue du Mont- Royal
en avenue piétonne entre Frontenac et l’avenue du Parc avec des aménagements
pour un transport en commun efficace et écologique, pour les cyclistes,
patineurs, planchistes et piétons avec des traverses aux grandes artères
nord-sud pour les véhicules. »
La pétition se termine en
demandant à la mairie de Montréal de tenir des audiences publiques sur ce
projet. Un site Internet au
www.montroyal-avenueverte.org est lancé pour fournir de l’information au
public et faire signer la pétition pendant que les membres d’Avenue verte
passent les week-ends autour de la station de Métro Mont-Royal pour faire
signer la pétition en personne. Le résultat, six mois plus tard, était
impressionnant avec le dépôt de 18 500 signatures au conseil
d’arrondissement du Plateau le 2 décembre 2002 !
On aurait cru qu’un tel dépôt
et l’appui d’organismes comme, entre autres, le CRE Montréal, Greenpeace,
Équiterre, le Conseil Central de Montréal CSN, Transport 2000, le Centre
d’écologie urbaine, Option Transport durable, le Monde à bicyclette, Cyclo
Nord-Sud, l’Association québécoise de lutte contre les pollutions
atmosphériques (AQLCPA) et Vivre en ville, aurait eu un impact majeur sur
les élus de l’arrondissement du Plateau, mais la pétition est restée lettre
morte devant les quatre conseillers de l’arrondissement.
Tout aurait pu en rester là,
mais ce n’était, en fait, que le début d’une gamme d’activités entreprises
par Avenue verte. En plus de sa pétition grandissante de plus de 20 000
signatures, au cours des deux dernières années, Avenue verte a déjà présenté
des conférences publiques par des membres du comité et des conférences
publiques par des experts invités. Le comité organise des manifestations à
vélo appelées Les Randonnées vertes sur Mont-Royal qui ont débuté le 1er
août 2003. Il a organisé seul la première Journée internationale sans
voiture du 22 septembre 2003 dans le Plateau et contribué à celle de 2004.
En mars 2004, Avenue verte a
rédigé un mémoire dans le cadre du Plan d’urbanisme de la Ville de Montréal,
Pour un quartier sain, prospère et vibrant : LA PERSONNE AVANT LA VOITURE !
et l’a présenté aux audiences publiques organisées par la Ville de Montréal
et l’arrondissement du Plateau. Depuis, en attendant la sortie du Plan
d’urbanisme avant la fin de 2004, le comité a lancé son DVD documentaire en
octobre qui résume en images, textes et vidéos les activités du comité dès
son début en 2002.
Un monde plein d’idées, mais
le défi est de passer à l’action. Le projet d’une Avenue Mont-Royal verte
propose un exemple concret qui concilie des aspects économiques, sociaux et
environnementaux du développement durable. Le comité, dans l’optique de la
démocratie participative, encourage les citoyens à s’impliquer
personnellement dans leur communauté, entre autres de façon décisionnelle,
et non pas seulement dans un mode consultatif, comme c’est le cas à l’heure
actuelle. Il s’agit de valoriser la santé communautaire et les vies actives.
L’exemple a déjà fait ses
preuves dans des centaines de villes européennes telles que Copenhague et
Strasbourg. En particulier, le cadre nordique du climat montréalais
ressemble beaucoup aux villes scandinaves qui sont déjà dotées des rues
piétonnières et des systèmes très avancés de transports collectifs.
Pour réaliser ce changement
de paradigme dans la mentalité nord-américaine, les outils de
sensibilisation modernes sont de rigueur. La pétition, le site web, les
conférences, le mémoire, les Randonnées vertes et le DVD sont tous utilisés
pour montrer à la Ville que l’Avenue du Mont-Royal verte rassemble tous les
critères de réussite : la densité de la population avoisinante;
l’achalandage à pied par 80% des résidents du quartier; des commerces
divers, prospères et attirants; l’accès par transport collectif (autobus/métro);
le débouché sur le Parc du Mont-Royal; une échelle urbaine et humaine de 3 à
4 étages et une réponse concrète à l’accord de Kyoto.
C’est avec persévérance et
détermination que le Comité continue à mettre de la pression sur les élus et
à sensibiliser la population à l’idée qu’une qualité de vie urbaine en
harmonie avec l’écologie locale commence par un projet comme Mont-Royal
Avenue Verte.
Collaboration spéciale :
Owen Rose,
Comité Mont-Royal Avenue Verte