La séance du conseil
d’arrondissement était fort chargée. Outre 2 présentations sur le nettoyage
de printemps et un projet de stationnement pourles vélos, 16 citoyens ont
posé questions.
Pas assez de propreté sur le Plateau
pour les uns...
Les citoyens en ont assez de vivre dans un
environnement malpropre et remettent en cause l’efficacité des mesures mises
en œuvre par l’arrondissement pour palier le problème. « Le Plateau est
sale ! À quand un plan d’action comme dans Notre-Dame-de-Grâce / Côte-des-Neiges
pour nettoyer l’arrondissement ? », a lancé Jeanie Couture, une
résidante de la rue Messier excédée de voir les rues de son quartier se
dégrader.
Une autre citoyenne a dénoncé le manque de
civisme de certains commerçants qui installent leur conteneurs à déchets sur
la voie publique et les laissent déborder au vu et au su de tous. Elle
pointe plus particulièrement le restaurant Misto et la Fruiterie du Plateau.
« Depuis qu’ils ont agrandi leur chambre froide, en juin dernier, ces
commerçant se servent de leur terrain pour garer leurs véhicules et
entreposent leurs conteneurs sur la voie publique, sans permis. Quand
allez-vous faire quelque chose ? », a-t-elle interrogé, photos à
l’appui.
Un autre résidant, qui se bat depuis plus de dix
ans sur les questions de malpropreté et de bruits dans son quartier sans
voir l’ombre d’un changement, a résumé la situation : « Les commerçants
ne mettent pas l’argent nécessaire dans la gestion de leurs déchets et nous
en payons le prix. »
Ces citoyens ont émis des doutes sur la capacité
de l’arrondissement à faire respecter sa réglementation. Des observations
d’autant plus pertinentes que l’arrondissement est en train de se doter de
deux nouveaux règlements afin de lutter contre la malpropreté : l’un
obligera les commerçants à se munir de conteneurs fermés et leur imposera
des amendes plus lourdes en cas d’infraction, l’autre contraindra les
distributeurs de publicités imprimées à se munir d’un permis payant.
« La situation n’est pas acceptable »,
a convenu la directrice de l’arrondissement, Johanne Falcon. « Il faut
tenir compte que nous sommes à la fin de l’hiver et qu’il va y avoir un
blitz », a-t-elle déclaré. Elle a précisé que la nouvelle
réglementation permettra de mieux contrôler la situation et que les
inspecteurs seraient très vigilants à la faire respecter.
En ce qui concerne l’éventualité d’une
réglementation plus sévère touchant les citoyens, comme cela existe dans
d’autres arrondissements, la mairesse Helen Fotopulos a écarté d’emblée
cette solution : « Nous préférons travailler avec nos comités de
citoyens. Nous avons diagnostiqué où sont nos problèmes et nous sommes en
train de nous doter des moyens pour les régler. »
L'arrondissement vient tout juste de lancer son
opération annuelle de nettoyage des rues et sa campagne d'écocivisme
afin d'inciter les citoyens à nettoyer devant leur porte. La campagne de
nettoyage du printemps, qui mobilisera une soixantaine d'employés durant six
semaines jusqu'au 20 mai, coûtera 400 000 $.
…trop pour les autres
Plusieurs propriétaires de voitures en ont après
les balayeuses qui passent quatre fois par semaine dans les rues du Plateau.
« À partir du 1er avril, c’est la course au stationnement »,
soulève Benoît Parent, qui s’interroge sur l’efficacité de cette mesure.
« Pour moi, qui n’utilise pas mon auto pour me rendre au travail, cela
implique quatre déplacements par semaine. Je passe mon temps à gérer le
stationnement de ma voiture », souligne-t-il, ajoutant que cela crée une
pollution supplémentaire inutile.
L’arrondissement travaille actuellement à la
réduction de quatre à deux passages par semaine de la balayeuse dans les
rues du Plateau, a annoncé la mairesse Fotopulos. Cette nouvelle façon de
faire concernera toutefois uniquement les rues secondaires. La directrice,
Johanne Falcon, n’a pas voulu s’avancer sur une date pour la mise en place
des changements, puisqu’il faut refaire tous les parcours, un exercice
complexe.
Le bruit, un problème qui soulève les
passions
Le Plateau est loin d’être un quartier réputé
pour son calme. Certains citoyens résidant dans les secteurs riverains des
zones commerciales se plaignent depuis de nombreuses années de la pollution
sonore qu’ils doivent subir au quotidien : camions poubelles qui passent dès
5 h du matin ou après 23 h, systèmes de ventilation bruyants, camions de
livraison qui laissent tourner leur moteur de manière indue. « Cela fait
plus de 10 ans qu’on vous parle de ces problèmes, et vous ne faites rien »,
a reproché aux élus un citoyen qui se bat autour de cette question
depuis de nombreuses années.
« Nous envisageons de revoir la
réglementation sur le bruit au comité exécutif pour répondre à de nouveaux
phénomènes comme les ventilateurs. Il faudra se doter d’outils pour faire
plus de vérifications », a répondu le conseiller de Jeanne-Mance et
vice-président du comité exécutif, Michel Prescott. Un groupe de travail sur
le bruit avait été formé sous l'ancienne administration municipale, a-t-il
rappelé. Dirigé par l'ancien conseiller municipal André Cardinal, il a été
dissout en 1998.
Le ton a rapidement monté entre les citoyens et
les élus. Ces derniers ont laissé tomber le protocole pour intervenir sans
demander à la mairesse l'autorisation de prendre la parole, comme c'est la
règle. Le citoyen, excédé, a quitté la salle.
Une coalition de soutien au CAUDD
Owen Rose, figure bien connue impliquée dans le
comité
Mont-Royal Avenue verte, a pris la parole pour annoncer la naissance
d’une coalition de soutien à la Commission de l’aménagement urbain et du
développement durable (CAUDD). Cette coalition regroupe divers organismes
comme l’Association
des résidantes et résidants du Plateau, le
Conseil régional de l'environnement de Montréal, Équiterre,
Greenpeace et
Option Transport durable.
Dans le cadre de la préparation du chapitre
local du plan d’urbanisme, la CAUDD avait soumis plusieurs recommandations
dont l’arrondissement n’avait pas tenu compte dans son document final. Une
situation qui a provoqué le report de l’adoption de ce chapitre devant être
annexé au plan d’urbanisme de la ville-centre.
L’intervention de M. Rose n’a pas été du goût de
la mairesse Fotopulos. « Vous avez un agenda politique ! », lui
a-t-elle lancé. Il est de notoriété publique que le comité Mont-Royal
supporte le parti municipal Projet Montréal.
Elle a assuré que l’intégration de l’ensemble
des recommandations de la CAUDD allait se faire. « On n’a pas besoin que
la coalition commence à représenter la population du Plateau à ce sujet »,
a-t-elle estimé. La commission propose plusieurs mesures concrètes pour
limiter la place de l’automobile sur le Plateau et favoriser le transport en
commun ainsi que l’utilisation du vélo.
De l’argent frais pour les commissions
de citoyens
Parallèlement, le conseil d’arrondissement a
voté un soutien financier de 10 000 $ aux commissions de citoyens en vue
d’assurer une banque d’heures d’employés auxiliaires afin de coordonner
leurs travaux.
Depuis la fin du contrat de la personne qui
assumait ce mandat à l’arrondissement, en décembre 2004, les commissions
étaient en quelque sorte orphelines. À tel point que le comité de la
sécurité publique et civile, créée en 2004, n’est toujours pas opérationnel,
ce qui crée un certain mécontentements chez la douzaine de citoyens
impliqués.
Le bonheur des uns fait le malheur des
autres
L’installation d’un panneau empêchant les
automobilistes de traverser le boulevard Saint-Joseph en empruntant
Saint-André, ce qui créait un fort achalandage sur cette petite rue, a fait
le bonheur de ses résidants. Le comité de citoyens, mené par Francis
Bissonnette, avait été très actif pour obtenir gain de cause.
À présent, ce sont des résidants de la rue
Saint-Hubert qui se plaignent des conséquences de cette modification à la
signalisation. « La circulation s’accroît considérablement sur
Saint-Hubert », mentionne Maurice Tremblay.
Selon la conseillère de Laurier, des études ont
été réalisées sur l’intersection problématique avec l’avenue du Mont-Royal
et des changements pourraient être effectués dès cette année. « Il faut
tester des solutions avant de mettre 200 000 $ dans ce carrefour »,
estime-t-elle.
Des pénalités pour absence de places de
stationnement ?
Réjean Benoît, membre du groupe Option Transport
durable, a soulevé une contradiction intéressante au sujet de la
réglementation sur l’aménagement de places de stationnement dans
l’arrondissement. Celle-ci oblige à fournir un nombre minimal de places de
stationnement pour tout projet de construction ou d’agrandissement. Faute
de respecter cette disposition, le propriétaire doit payer une pénalité à
l’arrondissement.
« D’un côté, on dit qu’on veut limiter la
place de la voiture sur le Plateau, de l’autre on donne des pénalités à ceux
qui ne construisent pas assez de places de stationnement. Où est la logique ? »,
s’interroge le citoyen.
Selon Mme Fotopulos, le comité consultatif
d’urbanisme s’est déjà penché sur la question, mais il ne faut pas
s’attendre à une modification prochaine de ce règlement. Il faut que les
propriétaires puissent trouver à se stationner près de chez eux, a-t-elle
fait valoir.
Le mur du Plateau sera végétal
Le « mur de la honte », qui se dresse entre le
Plateau et la Petite-Patrie, continue à faire parler de lui. Un des citoyens
qui mène le dossier, Normand Lalonde, demande à l’arrondissement, au nom des
membres de sa coalition, de bloquer la construction du mur antibruit qui
doit s’ériger derrière les nouveaux développements résidentiels de la rue
Saint-Grégoire.
« Il y aura un mur et il sera végétal »,
a tranché la mairesse, ajoutant que le service du contentieux de
l’arrondissement regardait justement jusqu’où l’on pouvait aller sans avoir
besoin de rouvrir les négociations avec le Canadien Pacifique, qui a imposé
la construction du mur antibruit dans le contrat de vente du terrain au
promoteur.
Dans l’arrondissement voisin, où les élus de
Vision Montréal sont au pouvoir, le dossier prend une tournure très
politique, dans une ambiance préélectorale. Le conseiller François Purcell a
lancé un véritable ultimatum à ses vis-à-vis du Plateau, lors de la séance
du conseil qui se tenait le même soir : « J’ai entendu qu’il n’y avait
pas eu beaucoup de discussions dans ce dossier. Si ça ne débloque pas d’ici
les prochains jours, on va poser des actions pour s’assurer que ce dossier
n’en reste pas là », a-t-il averti, invitant les citoyens à venir le
rencontrer pour mettre en branle un plan d’action.
L'industrie de l'automobile trop bien représentée
sur le Plateau ?
Le concessionnaire Ford prend de l’expansion sur
le Plateau. Il a déposé à l’arrondissement un projet visant à construire de
nouvelles installations sur un terrain industriel situé rue D’Iberville, à
l’angle du boulevard Saint-Joseph, près de la voie ferrée. Outre la
construction d’un bâtiment pour la vente, la réparation et le service, le
concessionnaire aménagera un vaste terrain d’entreposage pouvant accueillir
une centaine de véhicules.
Plusieurs autres projets d’agrandissements de
concessionnaires ont vu le jour ou sont en projet dans l’arrondissement.
Chassé Toyota a récemment réaménagé entièrement ses locaux sur la rue
Rachel. Plus à l’est dans l’arrondissement, Nissan a également déposé un
projet pour agrandir ses installations.
« Il y a huit concessionnaires automobiles
installés présentement sur le Plateau » , a fait remarquer Réjean
Benoît, d’Option Transport durable, s’interrogeant sur la pertinence du
développement de ce genre d’activité dans l’arrondissement.
Subventions à Action Solidarité Grand
Plateau
Au cours de la séance, le conseil
d’arrondissement a accordé à la table de concertation
Action Solidarité Grand Plateau une somme de 41 024 $ dans le cadre du
Programme de lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale, et un autre
montant de 15 000 $ pour le soutien au développement social.
Célébrations du 5e
anniversaire du Monastère
L’arrondissement a également voté une
participation de 200 $ pour les célébrations soulignant la cinquième année
d’activité du
Centre de services communautaires du Monastère, sur l’Avenue du
Mont-Royal, qui abrite une dizaine d’organismes.
Par ailleurs, la journée portes ouvertes qui
devait avoir lieu le 8 avril a été annulée. Elle sera reportée à une date
ultérieure. Le Centre de services communautaires est actuellement à la
recherche d’un nouveau directeur général à la suite du départ de Pierre
Marquis.
Carole le Hirez – 7 avril 2005