Après avoir sillonné
les rues du quartier pour photographier tout ce qui nuit à la qualité
de vie (propreté, sécurité, aménagement, affichage, etc. ), les
Colombo du Plateau, un groupe de citoyens soucieux de leur
environnement, ont décidé cette année de s’attaquer au problème de la
cohabitation entre autos, vélos et piétons.
Un sujet mobilisateur
dans l’arrondissement, où la circulation de transit est
particulièrement importante et où les rues étroites sont facilement
encombrées.
Isabelle Gaudette,
organisatrice communautaire à la Maison d’Aurore et instigatrice du
projet des Colombo, s’est postée il y a deux semaines en compagnie
d’autres membres du groupe au coin des rues Saint-Dominique et
Saint-Joseph. Sur place, ils ont filmé la circulation pendant une
demi-heure.
Très fréquentée, cette
intersection se trouve à proximité de deux établissements scolaires,
l’école Saint-Enfant-Jésus et l’école secondaire Saint-Louis. « La
brigadière a de la difficulté à faire traverser les enfants ; elle
raconte qu’elle a même failli plusieurs fois se faire frapper par une
auto », rapporte Mme Gaudette.
De nombreuses
infractions
Il n’a pas fallu
longtemps aux observateurs pour se rendre compte que leurs craintes
étaient fondées. En 30 minutes, ils ont été témoins d’une kyrielle
d’infractions : voitures et autobus qui ne s’arrêtent pas au passage
pour piéton, automobiliste effectuant un demi-tour interdit sur le
boulevard Saint-Joseph, taxi accrochant un camion et partant sans
demander son reste.
« Cela nous a
amenés à nous poser plusieurs questions à propos de la signalisation,
indique Mme Gaudette. Par exemple, quelles sont les règles exactes
en termes de respect des lignes jaunes ? Nous nous sommes également
demandé pourquoi on installait des passages piétonniers à certains
coins de rues et pas à d’autres. »
« Nos observations
nous ont permis de constater que le boulevard-Joseph est vraiment
conçu pour la voiture. Il est difficile pour les piétons de le
traverser. Ils se retrouvent souvent pris au milieu. Il faut penser à
des solutions pour rendre la traversée moins dangereuse. »
Une expérience
à répéter
Le 17 février prochain,
la même opération sera répétée à l’angle de la rue St-Hubert et de
l’avenue du Mont-Royal, une intersection très congestionnée, où les
piétons ont souvent de la difficulté à se frayer un passage. Les
Colombo chercheront également à cette occasion à mesurer le bruit
ainsi que l’indice de pollution.
On prévoit par la suite
s'intéresser au coin des rues Berri et Roy, un carrefour fréquenté par
les enfants du CPE Lafontaine et par les usagers d’un centre pour
malentendants.
« Nous sommes dans
une phase exploratrice, nous ne savons pas encore exactement où cette
démarche nous mènera, indique Isabelle Gaudette. L’idée est
de mener une action plus collective après la démarche individuelle de
l’année dernière qui consistait pour les gens à prendre des photos. »
Un rapport
resté lettre morte
Le groupe s’interroge
sur les suites qu’il entend donner à cette opération. En juin 2004, il
avait déposé un rapport à l’arrondissement, fruit des observations des
citoyens-détectives qui avaient photographié le quartier. Une
rencontre avait même eu lieu avec plusieurs directeurs de services
municipaux, qui n’avait toutefois débouché sur aucun résultat concret.
Cette démarche a laissé
les Colombo sur leur faim. « Nous sommes déçus car nous avions
mené une démarche collective. Or les fonctionnaires nous ramènent à un
geste individuel, puisqu’il faudrait déposer une requête spécifique
pour chaque problème dénoncé », regrette Mme Gaudette.
Une solution pourrait
peut-être, dans l’avenir, consister à se concerter avec les organismes
concernés, par exemple, une école ou un CPE, afin de déposer une
demande à l’arrondissement si l’on souhaite l’ajout d’un passage
piétonnier.
La place de la
voiture sur le Plateau
Dans le même ordre
d'idées, le 2 février dernier, les Colombo organisaient une
soirée-discussion sur la place de l’automobile dans le Plateau, animée
par Owen Rose. L’architecte stagiaire membre du Centre d’écologie
urbaine ainsi que du comité Mont-Royal Avenue Verte a souligné à cette
occasion les différents problèmes reliés à la congestion automobile,
mais également les déficiences du transport en commun.
« Le Plateau est
saturé par les voitures locales mais également par celles qui viennent
de l’extérieur », a-t-il souligné. « La ligne 97 est la plus
lente de toute l’île de Montréal, c’est la STM qui le dit. Dans ce
contexte, il est difficile de convaincre les gens de prendre l’autobus.
»
Militant en faveur de
l’installation d’un tramway électrique sur l’avenue du Mont-Royal, M.
Rose a présenté plusieurs exemples de transports en commun « propres »
dans diverses villes nordiques afin d’illustrer que le climat de
Montréal n’était pas le vrai problème, mais plutôt le manque de
volonté des pouvoirs publics.
Une avenue
Mont-Royal piétonnière ?
La présentation a
suscité des échanges animés. « Comment voulez-vous convaincre les
élus du bien fondé de développer les transports en commun à Montréal
alors que plus de la moitié du comité exécutif vit en banlieue ! »,
a lancé un participant. « Comment valoriser les transports
collectifs quand on les traite comme des poubelles ? », a soulevé
un autre.
Le projet de
transformation de l’avenue du Mont-Royal en rue piétonne a soulevé
plusieurs questions, notamment quant au bruit et aux livraisons. M.
Rose a rappelé que la nouvelle règlementation municipale, qui impose
une distance minimale de 25 mètres entre chaque restaurant,
empêcherait leur multiplication sur l’avenue, déjà bien pourvue en la
matière. Il a également suggéré qu’on s’inspire du modèle européen
pour imposer des livraisons à heures fixes par les ruelles.
L’architecte en a
profité pour rappeler plusieurs des recommandations soumises par la
Commission de l’aménagement urbain et du développement durable, un
comité de citoyens formé par l’arrondissement, dans le cadre du
chapitre local du plan d’urbanisme.
Dans un rapport remis
en décembre dernier, celui-ci préconise de se doter d’objectifs
mesurables pour limiter l’utilisation de la voiture et augmenter le
nombre de pistes cyclables sur le Plateau. Il propose également de
réduire le nombre de places de stationnement obligatoires pour tout
nouveau projet résidentiel.
Pour M. Rose, le
message est clair. Il faut continuer à sensibiliser la population aux
alternatives existantes afin que celle-ci fasse pression sur les
pouvoirs publics afin d’obtenir la mise en place d’une véritable
politique de réduction de l’automobile en ville. Un enjeu qui
s’annonce important dans plusieurs districts montréalais dans la
perspective des prochaines élections municipales.
Sur la photo : Trop
de personnes utilisent leur auto pour se rendre au centre-ville au
lieu d'emprunter les transports en commun ou la bicyclette.
Carole le Hirez
– 3 février 2005
Pour des
informations sur les Colombo du Plateau, pour joindre leur groupe ou
vous informer sur leurs activités, contacter Isabelle Gaudette, au
527-9075.